Compte-Rendu : Les nouveaux visages de l’extrême droite - Mardi 1er Juin à 18h30

June 5th, 2010 by Social Buro

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Compte-rendu non exhaustif de la conférence du 1er juin

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I.               Les nouveaux visages de l’extrême droite, par Jean-Yves Camus

J-Y. Camus livre une analyse centrée sur l’organisation des mouvements politiques d’extrême droite après la seconde guerre mondiale et leurs résultats électoraux. Il réfute l’existence d’une « vague » nouvelle d’extrême droite, en expliquant que l’extrême droite connaît, au fil des époques, des défaites et des succès. Il pointe cependant chez les mouvements d’extrême droite nouveaux (ou reconstitués) une modernité dans l’approche du militantisme, notamment à travers l’utilisation d’internet et la capacité à structurer des réseaux qui dépassent les divergences idéologiques, culturelles ou stratégiques. Il met en évidence une capacité de l’extrême droite à se positionner, y compris au sein de l’échiquier politique, comme une mouvance en marge, exclue, voire tyrannisée – ce discours trouvant un écho chez un certain nombre de populations discriminées, se percevant comme telles ou connaissant des conditions économiques et sociales difficiles.

Un participant questionne les organisateurs sur l’iconographie choisie pour annoncer la conférence. Il considère peu judicieuse l’utilisation de symboles pouvant renvoyer à l’orientation sexuelle et insiste sur la nécessité de concevoir l’extrême droite y compris à travers les idées qu’elle diffuse et dont elle se nourrit en lien avec l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie, etc.

Les organisateurs expliquent avoir souhaité détourner la symbolique hitlérienne encore fortement associée à l’extrême droite dans les esprits, précisément pour interpeller l’audience sur les pièges d’une représentation figée de l’extrême droite.

J-Y. Camus précise que les néo-nazis au sens strict du terme s’avèrent aujourd’hui peu nombreux. Il souligne que, si les idéologies ne disparaissent jamais réellement (qu’il s’agisse du marxisme ou du suprémacisme), les mouvements politiques se recomposent autour d’images ou de concepts mobilisés différemment.

Un participant raconte les discriminations et la violence vécues au quotidien par les habitants des quartiers populaires, y compris au sein des administrations et dans les rapports avec les fonctionnaires. Il cite en exemple la réflexion faite par un enseignant s’étonnant qu’un immigré de troisième génération porte encore le prénom de Mohammed. Ce faisant, il interroge les conférenciers sur la façon dont ils positionnent le racisme ordinaire et les postures d’extrême droite sur l’échiquier politique, ainsi que sur les moyens d’y répondre.

Ce participant est interrompu dans son intervention. S’en suit une invective dont une analyse sera proposée en ouverture du troisième volet de la conférence.

Après une première réponse qualifiant de « gros cons » les personnes se livrant à de tels actes, J-Y. Camus reconnaît ne pas couvrir, par ses recherches, l’ensemble des enjeux d’une résistance à l’extrême droite.

Un participant insiste sur la nécessité de considérer également le développement des mouvements d’extrême droite et du vote Front national en milieu rural. Le débat permet ensuite de mettre en évidence que le vote Front national en milieu rural ne correspond pas nécessairement au vote paysan mais prend souvent racine dans les petites agglomérations frappées par des désillusions économiques et sociales.

Un participant constate la capacité des mouvements récents à occuper un terrain social jusqu’à présent peu investi. Il cite en exemple l’implantation de plusieurs réseaux d’extrême droite à Chauny, dans le département de l’Aisne (02). Il fait également état d’une mobilisation réduite pour contrer la mouvance sur place et d’un faible soutien à cette mobilisation.

J-Y. Camus voit dans cette occupation du terrain un nouveau signe de modernité, en établissant un parallèle avec les créations de centres sociaux d’extrême droite en Italie. Il confirme l’intérêt d’une étude plus poussée de ces phénomènes. Il observe par ailleurs que les formations susceptibles de lancer des actions violentes conservent souvent des dimensions groupusculaires et insiste davantage sur leur capacité à se constituer en réseau.

Répondant à un participant s’interrogeant sur la recomposition des groupes politiques ou officines d’extrême droite (Nouvelle Droite, Club de l’horloge, GRECE, etc.), J-Y. Camus explique que les mouvements politiques d’extrême droite se recomposent généralement à mesure que leurs membres s’insèrent dans des partis politiques plus à même de satisfaire leurs ambitions carriéristes. Il estime, du reste, que la passation de pouvoir de Jean-Marie Le Pen devra être observée avec la plus grande attention.

Un participant soulève l’hypothèse d’un rapprochement entre la droite et l’extrême droite françaises, selon le modèle italien. Le débat s’enrichit ensuite de comparaisons à l’échelle internationale.

J-Y. Camus souligne l’impossibilité d’opérer une généralisation du contexte politique à l’échelle européenne. Il cite en exemple le récent échec de l’extrême droite aux élections législatives tchèques. Il insiste sur la nécessité de se pencher sur les conditions d’existence de tel ou tel mouvement dans tel ou tel pays.

Un participant attire l’attention sur la responsabilité de la gauche française dans la diffusion des idées d’extrême droite au milieu des années 80’, à travers l’ethnicisation et la territorialisation des problématiques sociales. Il explique que l’immigré et le banlieusard ont été rendus responsables des difficultés sociales, puis des scores électoraux de l’extrême droite, ayant à subir une double stigmatisation ainsi que l’un et l’autre de ces maux (difficultés sociales et comportements d’extrême droite).

J-Y. Camus fait observer que la classe politique française a longtemps vécu dans l’illusion que l’extrême droite ne pouvait plus ressurgir politiquement après la seconde guerre mondiale.

Un participant rappelle la nécessité de considérer l’articulation entre l’extrême droite et la bourgeoisie dans un système capitaliste.

J-Y. camus met en garde contre la tentation du « tout est dans tout ». Il défend en cela la complémentarité des analyses menées selon des angles divers. Il ajoute qu’un même chercheur ne saurait embrasser l’ensemble des sujets ayant trait à l’extrême droite. Pour des raisons linguistiques, il indique ainsi ne pas s’être penché personnellement sur le cas hongrois.

II.              Université et réaction, histoire du GUD

Une intervention est proposée par un militant sur l’historique du GUD, dernièrement reformé. Il explique que le Groupe Union Défense est un des seuls exemples de mouvement universitaire d’extrême droite à perdurer sur plusieurs décennies, pour bénéficier  encore aujourd’hui d’une certaine résonance. Il précise que le GUD reformé est aujourd’hui dirigé par le fils d’un ancien membre actif. Il détaille les faits ayant conduit récemment à l’arrestation de plusieurs militants d’extrême gauche, suite à des affrontements avec le GUD. Il insiste sur les différences dans le traitement judiciaire réservé aux uns et aux autres. Les participants à la conférence sont invités à alimenter une caisse de solidarité envers les militants jugés prochainement.

III.            Construire un antifascisme populaire, débat avec des militants du Forum Social des Quartiers Populaires

Les conférenciers dressent le constat d’un fossé entre les mouvements antifascistes et les quartiers populaires, comme en témoigne l’altercation survenue durant le premier volet de la conférence.

Les conférenciers constatent, de fait, une relative uniformité dans la population présente aux rassemblements antifascistes – ces derniers mobilisant majoritairement de jeunes blancs issus des classes moyennes. En outre, ils font état d’une absence de présence physique des militants antifascistes dans les quartiers, en précisant que certains y dorment mais n’y vivent pas. Le débat sur la laïcité constituerait également une source d’incompréhension et de clivage.

De manière générale, les militants antifascistes se seraient peu à peu repliés sur eux-mêmes au cours des 15 dernières années, s’appuyant sur un corpus, une identité culturelle et des logiques d’action peu partagés par les habitants des quartiers populaires.

Les militants des quartiers populaires, quant à eux, ont encore peine à déconstruire le stéréotype du banlieusard nécessairement peu politisé, exerçant une fascination par sa capacité supposée à affronter la police et à brûler des voitures, mais suscitant la condescendance par son incapacité supposée à s’inscrire dans une lutte politique. En rappelant que l’histoire des quartiers populaires demeure faite de luttes sociales et politiques (luttes pour la résorption des bidonvilles, marche pour l’égalité, occupations d’usines, comité contre la double peine, mouvements des sans-papiers, etc.), les conférenciers défendent la légitimité politique des initiatives menées loin des schémas traditionnels de l’antifascisme. Ils expliquent que des logiques d’action sociale et militante se sont construites aussi bien autour de la culture et du sport qu’autour de combats contre les violences policières, pour le droit de vivre dans un logement décent, etc.

Les conférenciers estiment symptomatique que les logiques militantes des uns et des autres soient aujourd’hui renvoyées dos à dos, y compris à travers les imaginaires : pour les uns, les antifascistes ne font qu’organiser des rassemblements de jeunes en blousons de cuir (à peine différenciables de certains skinheads) ; pour les autres, les banlieusards ne font qu’organiser des matchs de foot et des concerts de rap, sans réelle portée politique.

Du reste, les conférenciers soulignent que l’antifascisme n’apparaît généralement pas comme une priorité aux yeux des habitants des quartiers populaires. Les quartiers étant peu soumis à des raids de militants d’extrême droite, d’autres problématiques telles que la rénovation urbaine ou la lutte contre les discriminations y paraissent plus prégnantes.

Les conférenciers justifient néanmoins la nécessité de construire un antifascisme populaire. D’une part, ils constatent que des alliances se forment entre des mouvements d’extrême droite et des mouvements militants dont certains se revendiquent des quartiers populaires, à travers le Parti antisioniste de Dieudonné, le MDI de Kémi Séba, etc. D’autre part, ils soulignent que des apprentissages sont possibles au travers de mouvements plus larges et plus ouverts. Ils citent en exemple les liens productifs créés au travers du Forum social des quartiers populaires et de la liste Emergence (constituée à l’occasion des élections régionales de 2010).

En filigrane, le débat permet de mettre en évidence la méfiance des militants des quartiers populaires à l’égard des organisations politiques de gauche, du fait des nombreuses tentatives de récupération et de sape des mouvements des quartiers populaires et de l’immigration (à travers SOS racisme notamment) et du fait de l’opposition frontale parfois rencontrée (dans les municipalités communistes ou dans les cortèges de certaines manifestations). Les nombreux stéréotypes accolés aux quartiers populaires sont également rappelés : casseurs, intégristes, etc.

En conclusion, les conférenciers évoquent troi pistes de convergence entre les mouvements antifascistes et les militants des quartiers populaires : la lutte pour les droits du peuple palestinien (susceptible de permettre un dépassement des clivages et l’inscription de tous dans une perspective au caractère fondamentalement politique) ; la lutte contre les violences policières et la construction de lieux d’échanges communs d’informations (plateforme internet, réseaux d’information communs, etc.).

Les conférenciers annoncent également la tenue du forum « Justice pour Naguib et toutes les victimes de violences policières » les 12 et 13 juin 2010 à Montatair (60), en invitant les participants à venir y débattre.

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